Le pro du mois

Issu du monde de l’image, j’ai exercé le métier de photographe durant une vingtaine d’années avec, à mon compte, plusieurs magasins photo et multimédia en région Parisienne, ainsi que la Direction de laboratoires de développements. Porté sur le service et la qualité, j’ai pratiqué ce métier avec passion et dévouement auprès de mes clients. Au virage exercé par l’arrivée du numérique avec une baisse d’activité, le changement de culture photographique ainsi que des modes de consommations et d’échanges, je me suis tourné vers la restauration avec l’ouverture de pubs/restaurants. En 2011, le Groupe Louvre Hôtels, détenteur de la marque Campanile, m’a proposé la direction d’hôtels, métier tout aussi passionnant, associant tout ce que j’ai pu réaliser dans mon parcours. Les rencontres, les échanges, la proximité, la découverte de différentes cultures, le commerce et la satisfaction portée au client. Reconversion idéale.
Sur le plan sportif, j’ai pratiqué dès l’âge de 13 ans et durant plus de 40 années, le cyclisme en compétition, côtoyant le monde professionnel mais aussi cyclotouriste. Une réelle passion aussi et un partage humain qui m’a permis de découvrir les belles régions de notre pays.

Comment êtes-vous arrivé à Roubaix ? Quels ont été vos impressions en arrivant ? Qu’est ce qui fait du Nord, et de Roubaix plus spécifiquement, une destination spéciale ?

Lorsque j’ai évoqué à mon entourage en juin 2013, en provenance du Campanile de Calais, mon affectation à Roubaix, les yeux se firent ronds, grands, remplis d’étonnements, voir même de craintes pour ma personne. Nous étions loin des vives couleurs de nos tapis manufacturés d’antan. Roubaix, la cible des médias, une photo que l’on déchire avant de la mettre en album.Mais quelque chose au fond de moi me disait qu’il en était tout autre…
Roubaix, la ville aux mille clichés. Son histoire, sa magnificence, son architecture, ses multiples cultures, son patrimoine, son effervescence mais aussi ses réticences. Réticences qu’il nous faut occulter car Roubaix n’est pas celle que l’on croit, que l’on entend, que l’on entrevoit parfois. Roubaix, c’est tout simplement un joyau de passions, d’hommes et de femmes portés vers un futur touristique associant le développement économique et l’embellissement de son territoire. Une destination dont il ne faut en rien se priver.

Le vélo semble être un attrait touristique important pour votre clientèle, quelles en sont les retombées ? Quel rôle joue le Paris-Roubaix pour votre établissement ?

En Australie ou dans ces pays lointains, nouveaux peuples férus de notre ancestrale histoire vélocipédique, pays où l’on imagine pas encore la pratique effervescente du cyclisme, le nom de Roubaix cultive un mythe, une passion et un incroyable rêve de parcourir ces kilomètres de pavés avant la fabuleuse entrée dans notre vélodrome centenaire. Si les océans ne nous séparaient pas, ils viendraient en vélo, fiers et enjoués. Mais il y a aussi nos voisins belges qui, de par leurs champions aux multiples exploits sur des routes jouxtant notre belle région, suscitent une réelle envie de poser ses roues sur les chemins de galères et de souffrances, souffrances oubliées chaque lendemain de parcours. Il y a aussi ces chemins de halages longeant les canaux aux détours inoubliables, moments d’ivresse et de détente où le dépaysement est total.
Le vélo est un réel attrait touristique dans notre région, et nos clients, puisqu’il faut les appeler ainsi, de plus en plus, se presseront à la découverte de nos lieux chargés d’histoires et d’émotions. Alors oui, nous sommes prêts à vous accueillir, nous, professionnels du tourisme, hôtels, chambres d’hôtes, restaurants, estaminets, office du tourisme, pour partager avec vous cette passionnante découverte de notre région.
Les retombées seront à la hauteur de notre projet, importantes et appréciables pour tous et l’on se doit de rattraper, voir de dépasser nos chers voisins belges et néerlandais dans cette culture du tourisme à vélo.

Qu’attendez-vous en termes d’accompagnement et d’initiatives de la part des institutionnels du tourisme dans notre département et dans notre région ? Quelles relations entretenez-vous avec l’Office de Tourisme de Roubaix ou la mairie ?

J’attends un réel déploiement et une véritable implication des parties prenantes dans ce projet. Tant sur le plan touristique que sur le plan des collectivités départementales. Notre région est propice au développement touristique. Le Nord a la côte mais la côte n’est pas atteinte.
Donnons-nous les moyens de nos ambitions : un audit précis et détaillé de nos moyens et possibilités existantes.
Un territoire cyclable, des itinéraires bien établis, un balisage sans failles, une prise en charge professionnelle du touriste, un positionnement concerté, un projet écologique associant le retour à la nature et l’environnement,  une information qualitative  des structures d’accueils proposant des alternatives logistiques et matérielles (mise à disposition de vélos, box de rangement, dépannage, personnel formé aux attentes et aux possibilités de circuits) une aide financière aux structures d’accueils  à l’aménagement de locaux pour le matériel des clients, une aide à la mise à disposition de vélos pour les touristes, un recours aux OT institutionnels pour la mise en avant du territoire à vélo, mise en place de packages commerciaux…

Les relations et les concertations avec l’Office de Tourisme de Roubaix sont bonnes et propices au développement de notre territoire. Commerçant de la ville, je me considère comme acteur de notre ville et de son intérêt porté au positionnement du tourisme à vélo.
L’Office de Tourisme de Roubaix est dans une réelle dynamique et l’équipe en place offre des synergies associant le commerce et la découverte de la ville. Fait plutôt enthousiasmant à l’inverse d’autres OT que j’ai côtoyé.

Concernant la mairie, de bons échanges et de bonnes relations également, notamment dans le cadre des événements organisés comme la nuit des Arts et les animations ponctuelles.

Je découvre depuis 1 an une ville proche de ses commerçants.

Quels sont vos dernières réalisations et vos projets ?

Participation aux deux dernières éditions de la Nuit des Arts, expositions photographiques dans le restaurant, accueil d’artistes Kurdes, promotion des sites à visiter sur la ville, mise en place avec les commerçants de la ville d’un jeu concours « Roubaix, un petit vélo dans la tête » dans le cadre du passage du tour de France à Roubaix.
Mon projet le plus cher : aboutir dans cette perspective « passion du vélo à Roubaix ». Devenir un véritable partenaire de la marque Accueil Vélo pour ce tourisme émergeant avec une infrastructure dédiée pour les clients et offrir l’image d’une ville où il fait bon séjourner dans le cadre de la  découverte de notre région.

Quelle est votre impression, votre réflexion sur le développement touristique à venir du Nord et globalement de la destination Nord-Pas de Calais ?

Nous sommes en retard mais on commence à ressentir une volonté de promotion à travers notre destination. Le Nord et son histoire propose de véritables leviers de découvertes pour les touristes déjà attirés par une culture et une joie de vivre bien connus de tous. Nous sommes en mesure de proposer des attraits encore méconnus et de différentes thématiques qui n’ont rien à envier à d’autres régions.Chassons le gris de nos paysages, ce cliché nanti parfois de tristesse et cultivons ensemble un Nord agréable à vivre.
La réussite du développement touristique de notre région nous permettra de relancer l’économie et donnera l’envie à des entreprises de s’implanter et de se développer.
A travers ce développement et cet enjeu, l’hôtellerie est un acteur indissociable et nous nous devons de franchir une étape supplémentaire dans nos infrastructures et nos conditions d’accueil pour cette future nouvelle clientèle touristique dotée de nombreuses exigences.
Le devenir de l’hôtellerie fragilisée par l’activité économique du moment, reste propice pour ceux, chainistes ou indépendants, qui auront à cœur de partager l’investissement de projets ambitieux tel que celui du développement touristique.

Avez-vous une anecdote récente pour clore cet entretien ?

Il s’est fermé, lors de l’arrivée du numérique dans les années 2000, trois magasins photo par jour en France jusqu’à la quasi disparition de ces commerces de proximité. Quelques-uns ont résisté malgré des volumes et des marges à la baisse.
Certains n’ont jamais enlevé de leur vitrine, l’affiche vieille de 10 ans avec la petite bobine argentique qui souriait aux passants. Vitrines désespérément vieilles n’ayant que faire de ces nouveaux consommateurs numériques. D’autres disaient, l’argentique c’est mieux, c’est plus beau, et le numérique c’est trop compliqué...
Le temps s’est écoulé avec cette nouvelle technologie, non pas de pointe, mais tout simplement adaptée aux nouveaux modes de consommation. Le client a eu raison et aujourd’hui l’image circule à vitesse grand V.  Mais elle apparaît aussi de nouveau sur ce beau papier photo, souvent dans un livre, et fait toujours le tour de la table lors de repas en famille.
Pour ceux qui l’ont compris et intégré, l’activité est redevenue prospère.
Le monde change, nous sommes encore présents. La passion aidant, soyons innovants, partageons nos projets de développement, et donnons l’envie aux consommateurs de fréquenter nos structures.
 

Contact : Rémy Catelain - rcatelain@cdt-nord.fr